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Brésil
- 17 mars 2001: Véritable missionnaire de
l'informatique sociale, Rodrigo Baggio a réussi à
installer 1 400 ordinateurs dans 209 écoles brésiliennes accueillant
20 000 élèves. Ce fils d'un dirigeant d'IBM a reçu son
premier PC en 1982. Il avait 12 ans. Il raconte à l'agence Associated
Press comment, quelques années plus tard, sa croisade a
commencé:
"Une nuit, j'ai rêvé d'enfants pauvres utilisant des
ordinateurs, discutant de leur réalité quotidienne et
tentant de résoudre leurs problèmes grâce à ces machines.
Ce rêve m'a fait un effet considérable et, le lendemain,
j'ai décidé que je devais faire quelque chose pour qu'il
devienne réalité."
Rodrigo Baggio exploite l'obsolescence rapide des ordinateurs
qui conduit les grandes entreprises à renouveler
régulièrement leur parc de machines. En 1995, il crée le
Comité pour la démocratisation de l'informatique et ouvre,
en mars, sa première école à Donna Marta, l'une des favelas
de Rio. Les volontaires affluent pour s'associer à
l'entreprise et les écoles se multiplient: 11 en 1996, 40 en
1997, 60 en 1998...
Le système s'appuie sur un démarchage permanent des
entreprises pour les convaincre de céder leurs vieux
ordinateurs. "Les sociétés voient cela comme un
recyclage technologique", indique Rodrigo Baggio. Ce
dernier les débarrasse d'un matériel dépassé qu'il remet
en état pour les besoins des écoles. Au début, il
s'agissait de modèles 386 mais, maintenant, il ne récupère
plus que des 486 et des Pentium de première génération. Il
les nettoie et les reconditionne avec 16 Mo de mémoire,
Windows 95, Word, Excel et un modem pour la connexion à
Internet avant de les emballer pour les expédier dans les
écoles.
Aujourd'hui, le Comité gère un budget annuel de 350 000
dollars grâce à des sponsors comme la Banque nationale
brésilienne pour le développement, Microsoft, Xerox ou le
portail Starmedia. Une rencontre avec Bill Gates, en 1999, se
solde par un don de 300 000 dollars en liquide et 4,5 millions
de dollars en logiciels.
Une telle réussite ne va pas sans attirer les critiques. On
reproche essentiellement à Rodrigo Baggio d'apporter aux plus
pauvre le "luxe" de la technologie quand ils
manquent surtout de nourriture. Le missionnaire répond: "Dans
les villes, les gens ne meurent pas de faim, ils meurent du
manque de perspectives qui les conduisent à la délinquance,
au commerce de la drogue, à la violence, au meurtre." Pour
lui, la technologie leur apporte "un rayon de
lumière."
Commentaire:
La croisade de Rodrigo
Baggio a valeur de
symbole. Tandis que la plupart des pays développés se
demande encore comment utiliser l'ordinateur et Internet à
l'école, en Amérique du Sud mais également en Afrique, la
question ne se pose pas. Ce n'est pas le moindre paradoxe des
nouvelles techniques de communication que de paraître
plus évidentes dans les pays pauvres que dans les nations
riches. Dans ces dernières, la profusion de moyens, aussi
bien en matière d'éducation que de culture, de loisirs et de
communication rend l'apport d'Internet plus flou. La
saturation des emplois du temps détourne une partie du public
d'un outil réputé chronophage.
Dans les favelas de Rio ou les villages
africains, la situation est toute autre. Le sentiment
d'isolement et de privation de contacts avec le reste du monde
ainsi que les carences en personnel enseignant de constitue de
véritables moteurs de développement de l'usage d'Internet.
Pourtant, on peut se demander comment des régions aussi
pauvres pourraient accéder aux outils les plus modernes quand
elles sont souvent privées de moyens plus essentiels, comme
les lignes téléphoniques ou, même, l'alimentation en
courant électrique..
Un facteur vient pourtant à l'aide des pays les plus
démunis. La rapidité des progrès de l'électronique est
telle que les nations riches produisent une quantité
impressionnante de "déchets informatiques". Ces
derniers deviennent de plus en plus récupérables au fil du
temps. Un ordinateur équipé d'une puce Pentium est tout à
fait suffisant pour surfer sur la Toile et d'échanger des
courriers électroniques.
L'initiative de Rodrigo Baggio est fondée sur ce constat.
Elle devrait être suivie par beaucoup d'autres. La soif
d'apprendre et de communiquer des populations défavorisées
fait le reste. Ainsi, les nouvelles techniques
deviennent-elles une opportunité inespérée pour espérer
sortir d'un sous-développement chronique que les États ne
sont pas parvenus à réduire avec les outils traditionnels
trop coûteux. De plus, la démarche issues d'organisation non
gouvernementales favorise la prise en main de ce
développement par les population selles-mêmes qui se
libèrent de leur position d'assistées. Un faisceau
d'éléments positifs dont il sera passionnant de suivre les
effets sur l'évolution des pays pauvres, aussi bien que les
plans éducatifs que culturels et politiques.
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Vos
Réactions :
André
Larané, journaliste, créateur du site Histoire
d'un jour :
"On
m'a parlé aussi en Inde de l'intérêt d'internet pour les élèves des bidonvilles. Des ONG se flattent
d'avoir lancé quelques expériences en ce
sens en permettant à des enfants illettrés
de "jouer" sur un écran tactile. Un scientifique (je crois que c'est le patron du CNRS indien) a
tempéré l'enthousiasme des promoteurs de
ce système en remarquant:
1) que l'on a déjà cultivé beaucoup d'illusions dans les années 70 à propos de la télévision comme
outil de remplacement des enseignants en
Inde mais aussi en Afrique (Mali,...),
2) que les enfants qui jouent sur un PC éducatif ne font rien d'autre que d'acquérir les préalables à
l'enseignement de la lecture, ce que font
les enfants de nos classes de maternelle
quand ils jouent avec des cubes et des images. L'informatique
et l'internet, sauf démonstration du contraire,
ne semblent pas capables de remplacer un enseignant
en chair et en os pour l'apprentissage de la lecture
et de l'écriture."
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