|
France
- 23 mars 2001:
Philippe Meirieu, ancien directeur
de l'Institut national de recherche pédagogique (Inrp),
a été nommé directeur de
l'IUFM de l'académie de Lyon par arrêté du 20 mars publié
au Journal officiel. Professeur à l'université Louis
Lumière (Lyon II), il est l'un des spécialiste français de
la pédagogie et, en particulier, de la pédagogie
différenciée consistant à adapter les apprentissages aux
spécificités de chaque élève. Philippe Meirieu est
considéré comme le principal concepteur des réformes
engagées par Claude Allègre. A ce titre, il a conduit la
consultation nationale sur la réforme des lycées en 1998,
puis, l'année suivante il a suivi les expérimentations de
réforme de l'école primaire.
Malheureusement, malgré l'approbation des parents et
des élèves, les préconisations de ses rapports n'ont été
que partiellement appliquées. Il a fait les frais de la
cabale organisée par le corps enseignant contre Claude
Allègre. Après la démission de ce dernier, il a
démissionné le 24 mai 2000 de ses fonctions de directeur de
l'Inrp lorsqu'il a jugé que les
réformes annoncée par Jack Lang prenaient une direction
différente de celle qu'il défendait.
Dans une lettre adressée aux 300 chercheurs de l'Inrp, il
expliquait que ses efforts de réforme de l'institut, visant
à orienter la recherche vers des thèmes plus proches du
terrain, s'étaient heurtés aux résistances d'une partie du
personnel de l'institut. De plus, il estimait ne plus être
assuré du "soutien effectif" de la tutelle ministérielle
pour mener à bien la rénovation engagée.
Sa nomination à la direction de l'IUFM de Lyon semble
s'inscrire dans la volonté de Jack Lang de réformer
la formation des enseignants,
telle que le ministre l'a présentée le 27 février.
Elle indique également que Philippe Meirieu accepte de
reprendre des fonctions d'encadrement au sein de l'institution
malgré ses divergences de vue avec l'actuel ministre. Commentaire
:
Quelques semaines après sa
démission de l'Inrp, Philippe Merieu publiait une tribune
dans Libération et résumait son état d'esprit d'une
formule: "Jack Lang, du pur Bayrou.".Son
départ signifiait sans ambiguïté sa conviction que la
volonté de réforme profonde de l'Éducation nationale,
maladroitement affichée par Claude Allègre, disparaissait
avec son remplacement par Jack Lang. La principale mission de
ce dernier semblait viser essentiellement la réconciliation
entre le corps enseignant, électorat traditionnel de la
gauche, et le gouvernement en préparation des échéances
législatives et présidentielles de 2002.La suite ne devait
pas donner tord au pédagogue. Parallèlement à Roger-Gérard
Swartwenberg du coté de la recherche, Jack Lang a réussi
désamorcer en quelques semaines la grogne des enseignants que
Claude Allègre avait porté à son paroxysme au premier
semestre 2000.
Pourquoi Philippe Meirieu revient-il aujourd'hui sur ce
diagnostic en acceptant de prendre la direction de l'IUFM de
Lyon? La formation des enseignants lui paraît-il un terrain
moins miné que la recherche en pédagogie? Peut-être a-t-il
été sensible aux termes employés pour Jack Lang pour
présenter son projet de réforme des IUFM. Il faut rappeler
que Philippe Meirieu a participer à la commission chargé de
créer ces instituts de formation pédagogique, au début des
années 90. Pour ce pédagogue épris d'application concrète
des grandes théorie, l'IUFM se trouve au centre névralgique
du problème. C'est là que les enseignants sont censés
acquérir les outils nécessaires à l'exercice efficace de
leur profession. Philippe Meirieu y trouvera un terrain
d'application de sa volonté d'instituer une
"professionnalisation" un métier qui en manque
cruellement. Le terme est d'ailleurs cité par Jack Lang dans
son projet de réforme. Néanmoins, les IUFM souffrent d'une
forte disparité régionale. Philippe Meirieu ne dirige que
l'institut de Lyon. Parviendra-t-il à donner une impulsion
suffisante pour qu'elle trouve une influence nationale? Rien
n'est moins sûr tant les résistances sont grandes. On peut
néanmoins saluer le courage et la persévérance d'un homme
qui, malgré les blessures, ne supporte pas la retraite et
opte pour l'action de terrain..
|