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Une
école dans l'hivers. La classe unique d'un village de montagne, en
Auvergne. Un instituteur installé là depuis vingt ans et proche de
la retraite. Des élèves de 4 à 11 ans. L'oeil, tendre, attentif,
nostalgique, retenu, grave, d'un cinéaste. Et la magie d'une
caméra mise au service de la vie ordinaire d'un lieu ordinaire,
simplement habité par des êtres vrais. Malgré ce regard porté
par une équipe de quatre intrus qui ont su, si ce n'est se faire
oublier, se faire accepter, se fondre dans d'intimité de
l'apprentissage laborieux, douloureux. Nicolas Philibert réussit
une entreprise à haut risque en évitant les écueils de la
complaisance aussi bien que de la distance. Son documentaire devient
ainsi une oeuvre à part entière, un "vrai" film dont il
partage la création avec des personnages qui démontrent que la vie
quotidienne renferme bien les ingrédients de la comédie, de la
tragédie et de l'émotion que réalisateurs et comédiens tentent
de recréer dans les fictions. Saisie avec une telle précision, la
réalité se hisse au niveau de la fiction et le dépasse soudain,
sans prévenir. Le spectateur se trouve emporté dans cet univers si
particulier aux personnages si uniques qu'ils touchent à
l'universel. Dans cette classe d'Auvergne, il y a un peu de toutes
les classes, dans ce maître, il y a un peu de tous les maîtres. La
vérité que restitue Nicolas Philibert avec pudeur et respect fait
écho à tous les souvenirs d'enfance de l'école élémentaire.
Elle jette également un regard sur la réalité d'aujourd'hui de
l'enseignement et de la vie à la campagne. Les scènes dans les
familles avec ces parents qui tentent de jouer un rôle sans pouvoir
sortir du leur dégagent une émotion pure, une tendresse pure pour
cette humanité là, si éloignée de la violence des images
cultivées par les actualités, si proche aussi de la violence du
reste de la société qui se profile à la sortie de ce lieu
protecteur, lorsqu'il faudra aller au lycée... Mais il y a Jojo,
plaisir total de l'enfance innocente qui apprend déjà à composer
avec la réalité, jouissance de ce jeu spontané avec le maître et
avec la caméra. Nicolas Philibert a mis 5 mois à trouver cette
classe dans laquelle il a tourné pendant 10 semaines. Une patience
récompensée par la découverte d'un joyau qui réconcilie avec
l'école, l'enfance et la campagne. Sans occulter la souffrance de
l'entrée dans la vie et dans une société adulte qui oublie
souvent son humanité.
M.A.
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