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L'expérience (2002)

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Oliver Hirschbiegel

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La critique :

La transformation d'hommes ordinaires en geôliers et en prisonniers. Le film d'Oliver Hirschbiegel s'attaque à un thème d'autant plus lourd de signification que l'action se situe en Allemagne aujourd'hui. Il raconte la dérive d'une expérience "scientifique". Dans une université, un groupe de chercheurs recrute 20 volontaires payés 4000 marks pour passer 14 jours dans une prison. Deux groupes sont formés, 12 détenus, 8 gardiens, après une batterie de tests. Ils vont devoir vivre ensemble sous l'oeil de caméras jusqu'au terme du séjour prévu afin de gagner leur prime. Cette histoire simple ne réserve pas de surprises majeures. Oliver Hirschbiegel vient de la télévision et son style rappelle souvent le petit écran. Pourtant, il trouve une façon de filmer ce huis clos qui rompt avec l'ambiance poussive des téléfilms allemands qu'Arte consomme sans modération. Les variations sur les plans et une mise en scène soignées lui permettent également d'échapper à l'atmosphère du théâtre filmé. Le film s'installe dans un rythme soutenu et régulier sans heurt qui donne à la progression dramatique un caractère naturel et inéluctable. Oliver Hirschbiegel renforce ainsi le malaise  plus sûrement qu'avec des effets spectaculaires. Ce qu'il nous propose n'a rien d'extraordinaire. Il dépeint la nature humaine dans son horreur ordinaire, quotidienne, banale. Il reflète également l'angoisse d'un peuple vis à vis d'un passé qui n'en finit pas de le hanter. Ces hommes sans prédisposition que le hasard transforme en prisonniers et en gardiens sont exactement les mêmes que la majorité des effectifs du personnel de la police nazie ou des camps de concentration. Comment devient-on tortionnaire? Oliver Hirschbiegel répond sans nuance: par la simple mécanique des circonstances. Bien sûr, tout l'intérêt de l'intrigue réside dans les différences de réactions des personnages. Le héros d'origine turque se lei avec un ancien militaire, coté prisonnier. Le gardien blond à l'allure aryenne endosse le rôle du nazi d'une façon par trop convenue. C'est peut-être la seule note caricaturale du film. En revanche, la peinture des faibles, les plus nombreux dans les deux camps est saisissante. L'un des plus touchants est sans doute le gardien; le seul, qui se désolidarise de ses camarades. Quant aux scientifiques qui mettent en marche la machine du chaos, ils sont assez neutres pour être terriblement crédibles. Enfin, Dora, l'amie de Tarek, le héros, apporte l'oxygène qui permet de ne pas suffoquer dans cette ambiance carcérale où la violence naît avec la même fatalité qu'un virus contamine son hôte. Certaines scènes touchent sans jamais choquer. Oliver Hirschbiegel joue avec cette limite qui fait basculer l'horreur dans le spectacle sans la franchir. Un équilibrisme qui sert sa cause, même si on ne peut que  ressent douloureusement  le caractère désespéré de son propos.

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L'expérience du film d'Oliver Hirschbiegel dérape de la même façon que le Jurassik Park de Steven Spielberg. Une conception erronée porte en elle le ferment de la dérive du système vers le chaos. Le phénomène est patent lorsque le docteur Klaus Tom est le témoin de l'amorce de sa perte de contrôle mais qu'il décide de poursuivre l'expérience. Sous prétexte que c'est justement ce lent déchaînement de la violence qui est au coeur de son travail. En réalité, le docteur Tom se comporte comme un physicien qui voudrait reproduire en laboratoire l'explosion d'une bombe atomique. L'issue est connue d'avance. Mais il faut aller jusqu'au bout de l'absurde évidence. Celle de la cruauté latente en chaque être humain. De même que la télé-réalité flatte les instincts les plus vils (appât du gain facile, exhibitionnisme puéril, compétition masquée de bons sentiments...), l'expérience basée sur des faits réels que raconte Oliver Hirschbiegel n'a pas d'objet. Le nazisme l'a réalisée en grande nature. L'échantillon que le docteur recrute a le mérite d'une représentativité assez caricaturale des différents caractères humains: persécuteur, victime, résistant, souffre-douleur, martyr, faible, fort... sont représentés. Tarek, le héros, immigré turc d'origine, est claustrophobe, comme étouffé dans cette Allemagne qui étouffe encore de son passé nazi. S'il échappe à la mort, c'est grâce à Dora, son amie restée à l'extérieur. Comme si la solution ne pouvait pas venir de l'intérieur de l'Allemagne. Pourtant, c'est lui même qui sort de la chambre de torture dans lequel son geôlier nazi l'a enfermé. Le peuple allemand devra se libérer lui-même avec l'aide des "autres" comme sont nommés, dans la distribution, ceux qui ne sont ni prisonniers, ni geôliers, ni scientifiques. Mais Tarek aussi est un autre, un fils d'immigré. Le film d'Oliver Hirschbiegel est donc à la fois un constat sombre et désespéré de la persistance du nazisme dans le coeur des hommes mais également un plaidoyer d'espoir. Le mal peut être extirpé de l'âme par le mélange des cultures, l'indépendance d'esprit et... l'amour. Le prisonnier militaire fait le lien. Il soutient Tarek après maintes hésitations, peut-être par lucidité et opportuniste étant donné le camps dans lequel le hasard l'a placé. Et l'un des gardiens trahit les siens au prix de sa destruction mentale. Et puis il y a les morts. Inévitables pour atteindre la guérison. Le film laisse un goût amer: celui d'un regard cl;inique sans cynisme sur l'âme humaine.

MA

   

© michel alberganti 2003

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