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Informations pratiques :
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L'affiche:


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Quentin
Tarantino
| Naissance |
27 mars 1963 à Noxville, Tennessee, USA |
| Filmographie |
Inglorious Bastards (2005)
Kill Bill Vol. 2 (2004)
Kill Bill Vol. 1 (2003)
Jackie Brown (1997)
Pulp Fiction (1994)
Reservoir Dogs (1992) |
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Une bande dessinée au
scalpel
Tarentino pousse chacun de ses
fantasmes comme un régisseur ajuste chacun de ses
potentiomètres.
Un conte qui pousse les
frontières du far-west jusqu'en extrême-orient. Avec le trouble
de la touche nordique d'Uma Thurman. Une bande dessinée filmée avec
une virtuosité époustouflante. Western kung-fu. Une violence
entièrement réinventée, mêlant l'esthétisme d'un ballet
contemporain, l'exotisme glacé des sabres de samouraï, le fatalisme
du destin des tueurs à gage et le romantisme enfantin d'une
héroïne aussi implacable que maternelle à l'érotisme aussi torride
qu'anti-pornographique. Une histoire de vengeance froide,
obsessionnelle, obsédante mais jamais obscène. La magie
hypnotisante qu'exercent les deux "volumes" de Kill Bill prend
sans doute sa source dans la jubilation permanente de Quentin
Tarantino. Une jubilation perceptible à chaque plan, comme un
frisson de plaisir de filmer à fleur de pellicule. Et le
spectateur perçoit chaque vibration de cette jouissance du
scénariste-réalisateur. Jusque dans les outrances assumées de sa
violence exultante et exutoire. Jusqu'à l'overdose de geysers
sanglants au fil des sabres virevoltants. Jusqu'aux dialogues
scanners du génome de l'intrigue. Jusqu'à l'épilogue en
improbable extase maternante. Quentin Tarentino pousse chacun de
ses fantasmes comme un régisseur ajuste chacun de ses
potentiomètres. Avec une liberté aussi stupéfiante que
l'efficacité de sa caméra, chambre illuminée de ses souvenirs
d'enfance télévisée, rêves d'adolescent pudique, fantasmes de
cinéphile hollywoodien. Le réalisateur actualise sa mémoire
somatique comme un peintre de ses souvenirs mêlés. Trois
couleurs: jaune, noir, rouge. Violence, mort et sang. L'audace
d'un tel cocktail est résumée par le moteur unique de
l'histoire: une enfant. Tout commence par une grossesse et tout
se noue autour de cette fille arrachée, inconnue, perdue à peine
née, volée. La vengeance, c'est encore plus celle de cette
douleur là que celle des blessures physiques de l'héroïne. Ce
sont ses entrailles qui ont été v(i)olées ce jour là dans cette
chapelle posée en plein désert. Rien ne pourra arrêter cette
quête vitale de la réunion de la mère et de sa fille. L'héroïne
pourrait anéantir la population de la terre entière. Sa force,
elle ne la puise pas dans sa musculation mais bien dans son
ventre auquel sa fille a été arrachée. Quentin Tarantino
réinvente le western en troquant le six coups pour le sabre
mythique du maître nippon et le héros viril pour la femme
fragile. Il substitue à la conquête de l'Ouest la quête de
l'enfant à naître. Et les souvenirs de David caradine dans la
série mythique Kung-Fu qui a fasciné une génération à une époque
où les arts martiaux n'était pas encore à la mode au cinema et ou la
découverte des prêtres de Shaolin remplaçait les cours de philo
facultatifs de la terminale. Les deux volumes de Kill Bill, tels
les deux livres d'un conte, se visitent comme une plongée dans
les séquelles œdipiens d'un réalisateur de 41 ans, avec le
plaisir d'une bande dessinée au scalpel et la jouissance
secrètement coupable d'un rêve érotique d'adolescent..
Michel Alberganti
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Une violence toc,
exubérante et décomplexée
Un bonbon acidulé renfermant une couche plus
sucrée, puis une autre résolument amère.
Kill Bill n’est pas un film à voir
avec des a priori. C’est un poing fermé à prendre de plein
fouet, une friandise étrange et presque perverse. Tarantino se
targue d’avoir compris les attentes du public. Ce masochisme du
spectateur. Cette volonté enfouie d’être dominé, emporté,
soufflé, sans répit. « Vous voulez que je sois le maître »,
dit-il, et il faut se retrouver face à sa dernière création,
dans une salle obscure (voir Kill Bill sur un écran de
télévision brisera sans doute le charme) pour comprendre et
finir par accepter cette affirmation un rien dérangeante.
Difficile de voir certaines scènes sans s’abandonner tout à fait
à l’émotion ; difficile de nier le plaisir de cette aventure
entre second degrés et fleur de peau.
Voir Kill Bill sans a priori, donc. Et pourtant. Son auteur même
en est la première source. Personne n’est venu voir Kill Bill
pour Kill Bill. Le générique l’assène sans détour : « Le
quatrième film de Quentin Tarantino ». Le maître du
« gangster movie » ne pouvait pas faire un film à l’opposé de
son genre de prédilection ; la violence, pourtant en décrescendo
dans ses trois précédentes oeuvres, était forcément de la
partie. A cela s’ajouta l’attente, très longue, du public
international. Trois films, trois réussites plus ou moins
éclatantes mais toujours honorables, puis plus rien. Une fois
Kill Bill annoncé après des années de silence, ses plus fervents
admirateurs, comme ses détracteurs de toujours, ne pouvaient que
l’attendre au tournant.
De fait, Kill Bill est violent. Très violent. Une violence
parfois déstabilisante et éprouvante, comme on l’a vu plus haut.
Mais aussi, et c’est là que l’originalité intervient, une
violence toc, exubérante et décomplexée, hommage proclamé aux
productions de l’âge d’or du cinéma d’action de Hong Kong et,
pour partie, de Tokyo. Là où les spectateurs d’Orient « sont
bien conscients que le sang, à l’écran, n’est que de la couleur
rouge », dit-il. Kill Bill est un film de mélange(s), où se
retrouvent émotion pure et dérision, références et style très
personnel, et où la cohérence n’a pas vraiment sa place. Comme
le dit, encore une fois, son auteur, « vous voyez quelqu’un
se couper avec une feuille de papier, vous grimacez ; vous voyez
quelqu’un se faire couper le bras, vous restez stoïque en
mangeant votre pop-corn ». Cette simple constatation
renferme l’alchimie opérant dans Kill Bill. Cette alliance du
fantasque sanglant poussé à l’extrême et de quelque chose de
plus dur, de plus direct. De plus Tarantinesque.
Il serait inutile d’énumérer les multiples références et
hommages nichés au cœur de Kill Bill. Et pouvoir les reconnaître
toutes n’est en rien une condition sine qua non. Disons
simplement que les péripéties de l’héroïne en Asie, puis dans l’Amérique
profonde et sèche des états du Sud, recoupent les clichés
majeurs du cinéma d’art martiaux, de samouraïs et du western
spaghetti : le maître et l’élève, la forge de l’arme, la
bataille titanesque à un contre cent, la technique secrète. la
vengeance.
La vengeance. Comment présenter Kill Bill sans évoquer ce mot
qui, à lui seul, résume presque la trame de l’œuvre ? Difficile
de savoir si le choix du thème de la vengeance est la raison
expliquant la réunion de genres et d’hommages si divers ; ou si
il en est l’excuse, le prétexte. Et qu’importe les motifs pourvu
qu’on ai l’ivresse. Car ivresse il y a. Le scénario est
volontairement minimaliste, et personne ne s’en plaint. Kill
Bill n’est pas un film, c’est une débauche visuelle, sonore, qui
touche immanquablement (pour peu que vous me ressembliez un peu)
une corde sensible quelque part dans l’enfance. Une femme
émouvante dans un ballet de combats mortels et furieux. Une
tragédie nageant dans les eaux troubles du second degrés ; une
larme coulant sur une joue noircie par un combat livré dans un
resto nippon, rythmé par une musique des plus entraînante. Un
bonbon acidulé renfermant une couche plus sucrée, puis une autre
résolument amère.
On n’en finit plus d’analyser Tarantino, de comprendre pourquoi
ses films plaisent. Et pourquoi, quoi qu’on dise, on ira voir
les suivants. Finissons-en avec la théorie, et allons (re)voir
Kill Bill. Pour ce qu’il est : un coup de poing, qu’on peut
décider d’éviter. Mais ce serait passer à côté de quelque chose
de grand.
Jiceno
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