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Kill Bill                  (2003/2004)

La fiche :

Film :

Titre original 

Kill Bill Vol. 1
Kill Bill Vol. 2

Réalisation  

Quentin Tarantino

Scénario

Quentin Tarantino

Production 

Lawrence Bender

Musique

Takeshi Kobayashi
RZA
D.A. Young

Durée

Vol .1: 111 mn
Vol. 2: 136 mn

Sortie en France

26 novembre 2003
17 mai 2004

Distribution :

Uma Thurman The Bride (Black Mamba)
Lucy Liu O-Ren Ishii (Cottonmouth)
Vivica A. Fox Vernita Green (Copperhead)
Daryl Hannah Elle Driver (California Mountain Snake)
David Carradine Bill
Michael Madsen Budd (Sidewinder)
Julie Dreyfus Sofie Fatale
Chiaki Kuriyama Gogo Yubari
Sonny Chiba Hattori Hanzo
Chia Hui Liu Johnny Mo             (Gordon Liu)
Michael Parks Earl McGraw
Michael Bowen Buck
Jun Kunimura Boss Tanaka
Kenji Ohba Bald Guy (Sushi Shop) (Kenji Oba)
Yuki Kazamatsuri Proprietor

Informations pratiques :

L'affiche:

 

 

Les liens de la fiche du film renvoient aux informations du site Imdb


Quentin Tarantino

Naissance 27 mars 1963 à Noxville, Tennessee, USA
Filmographie Inglorious Bastards (2005)
Kill Bill Vol. 2 (2004)
Kill Bill Vol. 1 (2003)
Jackie Brown (1997)
Pulp Fiction (1994)
Reservoir Dogs (1992)

Les critiques :

- Une bande dessinée au scalpel
par Michel Alberganti
-
Une violence toc, exubérante et décomplexée par Jiceno

Les images du film

Une bande dessinée au scalpel
Tarentino pousse chacun de ses fantasmes comme un régisseur ajuste chacun de ses potentiomètres.
Un conte qui pousse les frontières du far-west jusqu'en extrême-orient. Avec le trouble de la touche nordique  d'Uma Thurman. Une bande dessinée filmée avec une virtuosité époustouflante. Western kung-fu. Une violence entièrement réinventée, mêlant l'esthétisme d'un ballet contemporain, l'exotisme glacé des sabres de samouraï, le fatalisme du destin des tueurs à gage et le romantisme enfantin d'une héroïne aussi implacable que maternelle à l'érotisme aussi torride qu'anti-pornographique. Une histoire de vengeance froide, obsessionnelle, obsédante mais jamais obscène. La magie hypnotisante qu'exercent les deux "volumes" de Kill Bill prend sans doute sa source dans la jubilation permanente de Quentin Tarantino. Une jubilation perceptible à chaque plan, comme un frisson de plaisir de filmer à fleur de pellicule. Et le spectateur perçoit chaque vibration de cette jouissance du scénariste-réalisateur. Jusque dans les outrances assumées de sa violence exultante et exutoire. Jusqu'à l'overdose de geysers sanglants au fil des sabres virevoltants. Jusqu'aux dialogues scanners du génome de l'intrigue. Jusqu'à l'épilogue en improbable extase maternante. Quentin Tarentino pousse chacun de ses fantasmes comme un régisseur ajuste chacun de ses potentiomètres. Avec une liberté aussi stupéfiante que l'efficacité de sa caméra, chambre illuminée de ses souvenirs d'enfance télévisée, rêves d'adolescent pudique, fantasmes de cinéphile hollywoodien. Le réalisateur actualise sa mémoire somatique comme un peintre de ses souvenirs mêlés. Trois couleurs: jaune, noir, rouge. Violence, mort et sang. L'audace d'un tel cocktail est résumée par le moteur unique de l'histoire: une enfant. Tout commence par une grossesse et tout se noue autour de cette fille arrachée, inconnue, perdue à peine née, volée. La vengeance, c'est encore plus celle de cette douleur là que celle des blessures physiques de l'héroïne. Ce sont ses entrailles qui ont été v(i)olées ce jour là dans cette chapelle posée en plein désert. Rien ne pourra arrêter cette quête vitale de la réunion de la mère et de sa fille. L'héroïne pourrait anéantir la population de la terre entière. Sa force, elle ne la puise pas dans sa musculation mais bien dans son ventre auquel sa fille a été arrachée. Quentin Tarantino réinvente le western en troquant le six coups pour le sabre mythique du maître nippon et le héros viril pour la femme fragile. Il substitue à la conquête de l'Ouest la quête de l'enfant à naître. Et les souvenirs de David caradine dans la série mythique Kung-Fu qui a fasciné une génération à une époque où les arts martiaux n'était pas encore à la mode au cinema et ou la découverte des prêtres de Shaolin remplaçait les cours de philo facultatifs de la terminale. Les deux volumes de Kill Bill, tels les deux livres d'un conte, se visitent comme une plongée dans les séquelles œdipiens d'un réalisateur de 41 ans, avec le plaisir d'une bande dessinée au scalpel et la jouissance secrètement coupable d'un rêve érotique d'adolescent..

Michel Alberganti

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Une violence toc, exubérante et décomplexée
Un bonbon acidulé renfermant une couche plus sucrée, puis une autre résolument amère.
Kill Bill n’est pas un film à voir avec des a priori. C’est un poing fermé à prendre de plein fouet, une friandise étrange et presque perverse. Tarantino se targue d’avoir compris les attentes du public. Ce masochisme du spectateur. Cette volonté enfouie d’être dominé, emporté, soufflé, sans répit. « Vous voulez que je sois le maître », dit-il, et il faut se retrouver face à sa dernière création, dans une salle obscure (voir Kill Bill sur un écran de télévision brisera sans doute le charme) pour comprendre et finir par accepter cette affirmation un rien dérangeante. Difficile de voir certaines scènes sans s’abandonner tout à fait à l’émotion ; difficile de nier le plaisir de cette aventure entre second degrés et fleur de peau.
Voir Kill Bill sans a priori, donc. Et pourtant. Son auteur même en est la première source. Personne n’est venu voir Kill Bill pour Kill Bill. Le générique l’assène sans détour : « Le quatrième film de Quentin Tarantino ». Le maître du « gangster movie » ne pouvait pas faire un film à l’opposé de son genre de prédilection ; la violence, pourtant en décrescendo dans ses trois précédentes oeuvres, était forcément de la partie. A cela s’ajouta l’attente, très longue, du public international. Trois films, trois réussites plus ou moins éclatantes mais toujours honorables, puis plus rien. Une fois Kill Bill annoncé après des années de silence, ses plus fervents admirateurs, comme ses détracteurs de toujours, ne pouvaient que l’attendre au tournant.
De fait, Kill Bill est violent. Très violent. Une violence parfois déstabilisante et éprouvante, comme on l’a vu plus haut. Mais aussi, et c’est là que l’originalité intervient, une violence toc, exubérante et décomplexée, hommage proclamé aux productions de l’âge d’or du cinéma d’action de Hong Kong et, pour partie, de Tokyo. Là où les spectateurs d’Orient « sont bien conscients que le sang, à l’écran, n’est que de la couleur rouge », dit-il. Kill Bill est un film de mélange(s), où se retrouvent émotion pure et dérision, références et style très personnel,  et où la cohérence n’a pas vraiment sa place. Comme le dit, encore une fois, son auteur, « vous voyez quelqu’un se couper avec une feuille de papier, vous grimacez ; vous voyez quelqu’un se faire couper le bras, vous restez stoïque en mangeant votre pop-corn ». Cette simple constatation renferme l’alchimie opérant dans Kill Bill. Cette alliance du fantasque sanglant poussé à l’extrême et de quelque chose de plus dur, de plus direct. De plus Tarantinesque.
Il serait inutile d’énumérer les multiples références et hommages nichés au cœur de Kill Bill. Et pouvoir les reconnaître toutes n’est en rien une condition sine qua non. Disons simplement que les péripéties de l’héroïne en Asie, puis dans l’Amérique profonde et sèche des états du Sud, recoupent les clichés majeurs du cinéma d’art martiaux, de samouraïs et du western spaghetti :  le maître et l’élève, la forge de l’arme, la bataille titanesque à un contre cent, la technique secrète. la vengeance.
La vengeance. Comment présenter Kill Bill sans évoquer ce mot qui, à lui seul, résume presque la trame de l’œuvre ? Difficile de savoir si le choix du thème de la vengeance est la raison expliquant la réunion de genres et d’hommages si divers ; ou si il en est l’excuse, le prétexte. Et qu’importe les motifs pourvu qu’on ai l’ivresse. Car ivresse il y a. Le scénario est volontairement minimaliste, et personne ne s’en plaint. Kill Bill n’est pas un film, c’est une débauche visuelle, sonore, qui touche immanquablement (pour peu que vous me ressembliez un peu) une corde sensible quelque part dans l’enfance. Une femme émouvante dans un ballet de combats mortels et furieux. Une tragédie nageant dans les eaux troubles du second degrés ; une larme coulant sur une joue noircie par un combat livré dans un resto nippon, rythmé par une musique des plus entraînante. Un bonbon acidulé renfermant une couche plus sucrée, puis une autre résolument amère.
On n’en finit plus d’analyser Tarantino, de comprendre pourquoi ses films plaisent. Et pourquoi, quoi qu’on dise, on ira voir les suivants. Finissons-en avec la théorie, et allons (re)voir Kill Bill. Pour ce qu’il est : un coup de poing, qu’on peut décider d’éviter. Mais ce serait passer à côté de quelque chose de grand.

Jiceno

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Les images du film :

   

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Pulp Fiction
Jackie Brown
 

 

 

 

                                                        © michel alberganti 2004