Parle avec elle

Titre original - Hable con ella
Réalisation - Pedro Almodóvar 
Scénariste - Pedro Almodóvar 
Producteur - El Deseo SA
Musique - Alberto Iglésias
Durée - 112 mn
Sortie - 10 avril 2002


Distribution
:Javier Cámara Benigno 
Darío Grandinetti Marco Zuloaga
Rosario Flores Lydia
Leonor Watling Alicia
Geraldine Chaplin
Katerina Bilova


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Pedro Almodóvar 

Les critiques du Monde (1, 2, 3)

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Deux femmes, une danseuse et une torero, dans le coma. Un infirmier un peu simple d'esprit. Un journaliste meurtri par un vieil amour. L'apparition de Pina Bauch sert de fil rouge à l'équilibrisme d'Almodovar. Elle incarne le corps en mouvement en recherche permanente de contact, d'échange, de compréhension. La lenteur. Qui est mort? Qui est vivant? Qu'est-ce qu'être vivant? A quoi sert la parole? A quoi servent les caresses? L'histoire pourrait couper le souffle si elle n'était pas distillée avec tant de parcimonie, comme au compte-goutte, au goutte à goutte qui retient ces femmes au cerveau mort ou endormi, insensibles au monde, aux êtres, à l'amour. Seul thème du film, l'amour prend des détours inconnus. Aimer un corps sans vie apparente, lui parler, lui faire un enfant. Ne pouvoir vivre sans cet amour à sens unique, se nourrir de cette harmonie parfaite entre la beauté muette et la foi sans limite. Vivante, elle le connaissait à peine et l'aurait sans doute ignoré. Inconsciente, elle lui est livrée tout entière. Il la chérit et la viole sans doute avec un amour total. Il vit avec elle, lui raconte tout, les films qu'elle aimait et qu'il rêve pour elle. Il n'a connu que sa mère qu'il a accompagné jusqu'à la mort. Il s'occupe de son amour inconscient comme un prolongement de cette servitude avec le fol espoir de l'inverser. Ramener à la vie une morte. Il y croît seul comme à un miracle ordinaire et certain. Des années. Mais il sait que ce retour à la vie sonnera le glas de son amour. Alors il s'installe, non plus dans une attente, mais dans la vie de cet amour là, qui lui est donné sans qu'elle l'ait voulu, qu'elle n'aurait sans doute pas voulu. Et il n'attend pas le miracle. Et l'amour se retourne contre lui, malgré tout. Le journaliste est le témoin. Son amour pour la torero allait disparaître quand elle sombre. Il ne le sait pas. L'infirmier lui apprend à s'occuper de l'inconsciente, en fait son ami. Seule réalité pour Benigno. Pas suffisante pour le sauver. Mais pouvait-il l'être? Il a vécu tout ce qu'il pouvait vivre avec cette ombre d'amante, la seule part de bonheur qui lui soit accordée. Il se retire quand elle revient. Il cède la place. Il n'est pas fait pour ce monde. Qui continue. Sans lui. Marco prend le relais. 

M.A.

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