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Deux femmes, une danseuse et une torero, dans le coma. Un infirmier un peu
simple d'esprit. Un journaliste meurtri par un vieil amour. L'apparition
de Pina Bauch sert de fil rouge à l'équilibrisme d'Almodovar. Elle
incarne le corps en mouvement en recherche permanente de contact,
d'échange, de compréhension. La lenteur. Qui est mort? Qui est vivant?
Qu'est-ce qu'être vivant? A quoi sert la parole? A quoi servent les
caresses? L'histoire pourrait couper le souffle si elle n'était pas
distillée avec tant de parcimonie, comme au compte-goutte, au goutte à
goutte qui retient ces femmes au cerveau mort ou endormi, insensibles au
monde, aux êtres, à l'amour. Seul thème du film, l'amour prend des
détours inconnus. Aimer un corps sans vie apparente, lui parler, lui
faire un enfant. Ne pouvoir vivre sans cet amour à sens unique, se
nourrir de cette harmonie parfaite entre la beauté muette et la foi sans
limite. Vivante, elle le connaissait à peine et l'aurait sans doute
ignoré. Inconsciente, elle lui est livrée tout entière. Il la chérit
et la viole sans doute avec un amour total. Il vit avec elle, lui raconte
tout, les films qu'elle aimait et qu'il rêve pour elle. Il n'a connu que
sa mère qu'il a accompagné jusqu'à la mort. Il s'occupe de son amour
inconscient comme un prolongement de cette servitude avec le fol espoir de
l'inverser. Ramener à la vie une morte. Il y croît seul comme à un
miracle ordinaire et certain. Des années. Mais il sait que ce retour à
la vie sonnera le glas de son amour. Alors il s'installe, non plus dans
une attente, mais dans la vie de cet amour là, qui lui est donné sans
qu'elle l'ait voulu, qu'elle n'aurait sans doute pas voulu. Et il n'attend
pas le miracle. Et l'amour se retourne contre lui, malgré tout. Le
journaliste est le témoin. Son amour pour la torero allait disparaître
quand elle sombre. Il ne le sait pas. L'infirmier lui apprend à s'occuper
de l'inconsciente, en fait son ami. Seule réalité pour Benigno. Pas
suffisante pour le sauver. Mais pouvait-il l'être? Il a vécu tout ce
qu'il pouvait vivre avec cette ombre d'amante, la seule part de bonheur
qui lui soit accordée. Il se retire quand elle revient. Il cède la
place. Il n'est pas fait pour ce monde. Qui continue. Sans lui. Marco
prend le relais.
M.A.
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