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Un homme
dans la foule. Sa différence, sa folie s'exprime dans la
moindre de ses attitudes. Chaque geste renvoie à son monde de
schizophrénie, de douleur, de solitude. Il marche dans la ville à
la recherche d'une adresse improbable, passe devant une façade aux
ouvertures obstruées sur l'avenir et même sur le présent? Dennis
Cleg vit dans le passé. Son passé d'enfant d'une famille qu'il ne
comprend pas. Pour garder le contrôle de sa vie, il tisse sa toile.
Il prend des notes, observe, témoin dérisoire de ses propres
visions. Et sa vision se déforme. L'araignée se prend à ses
propres rets. Dennis Cleg tisse lui même le piège dont il est
victime. Peinture à la fois terrifiante et extraordinairement
humaine de la dérive d'un cerveau malade. Dennis Cleg revit sans
cesse ce passé chargé d'un terrible secret dont il ne trouvera
jamais la clé. David Cronenberg filme un Ralph Fiennes, promoteur
du sujet, en liberté. Il suit le personnage avec cette distance
juste qui rend la déchéance touchante parce qu'elle n'est jamais
montrée de façon obscène ni grotesque. Des tréfonds de sa folie,
Dennis Cleg est plus humain que nombre d'acteurs jouant la
normalité, souvent proche de la vulgarité. Ralph Fiennes endosse
ce rôle avec une retenue extrême, le plus souvent au bord de
l'inexpressivité et de l'immobilisme. Il parvient à confiner sa
folie à l'intérieur. David Cronenberg réussit un film rare qui
mêle la peinture clinique à l'intrigue policière. Les images de
Dennis Cleg tendant des ficelles dans sa chambre ou écrivant des
signes cabalistiques sur un carnet qu'il cache sous le tapis restent
longtemps imprimées dans la mémoire de spectateurs qui sortent de
la salle en ne pouvant s'empêcher de s'interroger sur la réalité
qui les entoure, forcément le produit de l'interprétation de leur
propre cerveau. Avec les risques d'erreur que cela comporte...
M.A.
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