Reportage à Suakin

L'état de la ville

Une agonie fulgurante      

Le bonbardement du temps

Pour deux architectes turcs la visitant récemment, Suakin offre l'aspect d’une ville bombardée. Les amoncellements de pierres hérissés de pans de murs, d'encadrements de portes ou de fenêtres occupent plus des trois quarts de la surface de l'île. Ce spectacle donne à Suakin un caractère unique. Il ne s'agit pas d'une ville abandonnée depuis des siècles et usée par le temps, ni d'une cité victime d'une guerre, ni d'une île oubliée par les hommes. Suakin se meurt sous les yeux d'un monde impuissant à la sauver de la destruction. Une mort à la fois lente à l'échelle de la vie humaine et fulgurante à celle de l'archéologie. 
La visite des ruines provoque un étrange malaise, tant la splendeur de la ville surgit encore de ses murs décharnés. Les amas de pierre ressemblent à autant de tombes absurdes dont ils constituent les cadavres . La majesté du site se nourrit d'un silence de cimetière dans lequel erre l'ombre des "gardiens", issus des deux seules familles qui vivent encore là, dans des cabanes en planches construites au bord de la mer. 

   

Le temps passe vite à Suakin. Si le décor, avec l'eau bleu turquoise du lagon, le ciel sans nuages et la chaleur de four, donne une sensation d'éternité, il n'en va pas de même pour les bâtiments de la ville. La splendeur passée de leurs murs blancs construits avec les blocs de corail arrachés à la Mer Rouge cachait une extrême fragilité. Les pierres légères du récif s'érodent sous l'action des vents du désert et de la mer. Les murs exposés aux pluies torrentielles de la mousson explosent de l'intérieur. Unes à unes, les maisons s'écroulent. Les rues disparaissent sous les éboulis et sont envahies par les buissons. Plus de la moitié de la ville est devenue impénétrable.
Le bois importé d'Indonésie des riches moucharabiehs sert au chauffage et à la cuisine. Les pierres ouvragées sont volées ou réutilisées par les propriétaires dans leurs nouvelles demeures. Malgré la présence de deux familles chargées de la fonction de gardiens de la ville, les touristes y pénètrent encore pour y pique-niquer. Longtemps, ils ont même pu camper dans les ruines. Ils constituent les seuls visiteurs, souvent ignorant du passé glorieux de la ville. 

  Un champ de ruines d'où émergent
 des pans de murs qui s'écroulent uns à uns
 
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Les derniers vestiges

Les experts s'accordent sur un  vestige à sauver d'urgence. Le dernier à pouvoir illustrer la splendeur passée de la ville et, peut-être, convaincre des mécènes de restaurer d'autres constructions de Suakin. Il s'agit du palais de Khorchid Effendy aux colonnes donnant sur le lagon. Datant sans doute du 16ème siècle, il se trouve au nord-est de l'île, à l'extrémité de la zone qui n'est pas encore totalement en ruines.  

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Dans ce quartier, on trouve également le bâtiment du télégraphe, une grande maison aux murs en assez bon état mais à l'intérieur très abîmé malgré la présence de l'un des derniers  moucharabiehs de Suakin et les restes du bâtiment des douanes. Seul le minaret de la mosquée Magedi  reste miraculeusement debout. La mosquée Hanafi est la seule construction à avoir été rénovée avec les portes Gordon sur l'île et Kitchener dans le Geyf. 

Le palais de Khorchid Effendy

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