L'histoire de Suakin
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L'exode

     
   
 

Les maisons en ruines de Suakin aujourd'hui

 
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1905: La décision fatale

Au moment même où Suakin atteint son apogée, son déclin et sa ruine vont être programmés par la décision de construire un nouveau port, 60 km au nord de la vieille ville. L'administration du condominium anglo-égyptien, qui dirige le Soudan depuis 1898, étudie en effet le potentiel d'expansion de Suakin. En ce début de vingtième  siècle, le trafic maritime privilégie les navires de fort tonnage. En 1904, le commissariat aux travaux publics crée une commission d'étude. Le rapport du Colonel Ralston Kennedy est accablant pour Suakin. Le port cumule les points négatifs: exiguïté du port, accès difficile par un chenal tortueux et rétréci par la croissance du corail, tirant d'eau trop faible, installations portuaires insuffisantes qui empêchent les gros navires de décharger à quai, alimentation en eau problématique... Suakin n'est pas aux normes d'un port moderne. Le rapport propose donc de construire un nouveau port sur le site de Shaykh Barghout. Les travaux commencent au début de 1905. 

 

La construction de Port-Soudan

 

Le site de Shaykh Barghout offre tout ce dont Suakin manque: un accès par un chenal rectiligne entre les récifs qui conduit à une série de bassins naturels dans lesquels les navires de haute mer peuvent manoeuvrer librement et une alimentation en  eau de meilleure qualité à partir du Khor Arba'at. Le rapport de la commission d'enquête recommande de conserver une activité commerciale à Suakin en la limitant au trafic des bateaux côtiers et au transport de passagers. 
Aussitôt, les travaux de construction de Port-Soudan commencent et le nouveau port est relié à la ligne de chemin de fer dès janvier 1906. L'inauguration officielle des infrastructures portuaires a lieu en 1909. A cette date, Suakin conserve encore 63% de l'ensemble des importations soudanaises. Sa résistance surprend les bâtisseurs de Port-Soudan qui ont sous-estimé l'attachement des marchands à leurs maisons centenaires. Le charme de l'île n'a rien de comparable avec celui du nouveau port. Si ce derniers attire progressivement les activités commerciales, la vie continue à Suakin. Néanmoins, un processus inéluctable est engagé. En 1911, Port Soudan s'arroge 72% des exportations et 82% des importations. L'année suivante, la garnison de Suakin est supprimée  ce qui marque la fin du déménagement de l'ensemble des services administratifs vers Port Soudan. Pourtant, une nouvelle filature est construite à Suakin en 1911, preuve de la confiance des marchands dans une poursuite des échanges, en particulier grâce aux caravanes. Ces dernières apportent alors 5000 charges de coton par la route de Kassala et 6000 en provenance de Tokar. 

 

Les années de résistance

 

Suakin se meurt sans le savoir. L'exode des marchands qui tarde à se produire, malgré les offres immobilières séduisantes de l'administration de Port Soudan, entretient l'illusion d'une survie. Le directeur des Douanes soudanaises analyse alors ainsi la situation: « Ces gens ont leurs maisons à Suakin, leurs sambucks [boutres] et leurs esclaves, sont en contact avec leur banque locale et réalisent leurs transactions en personne. En faisant construire à Port-Soudan, ils déprécieraient aussitôt leur propriété de Suakin. Rien, hormis la fermeture de la ligne, ne peut conduire les marchands établis de longue date à Suakin à quitter leurs confortables résidences construites au dessus de leurs entrepôts pour s’établir à nouveau à Port-Soudan. » En 1912, la diversité des familles installées à Suakin et leurs contacts commerciaux entretiennent l'activité de la ville. Arabes, Indiens, Grecs et Italiens  vivent dans des quartiers différents de la ville mais, apparemment, sans problèmes de tolérance. L'école publique ouverte en 1896, une première pour le Soudan, accueille alors 35 mowalids, 27 Arabes, 24 Egyptiens, 15 Soudanais, 12 Jaddawi, 10 Hadrami, 7 Shaigi, 6 Mograbi, 5 Indiens, 3 Kurdes, 3 Grecs, 2 Abyssiniens, 1 Maltais et un Syrien. En 1913, le rapport du directeur des douanes conclue que «Suakin est un port qui fait encore plus que se maintenir. » Durant les mois d'été, les riches marchands se réfugient dans leurs maisons de Simkat, sur les hauteurs des collines de la mer Rouge. D'autres se rendent dans leurs propriétés de Tokar pour superviser les cultures. La vie continue ainsi malgré l'épée de Damoclès de Port Soudan;


L'inexorable déclin


Les premiers projets de restauration

 

En 1905, le Geyf est plus important que la ville construite sur l'île. On  y trouve 500 propriétés contre 300 à Suakin même. Jusqu'en 1919, les marchands conservent l'espoir d'une renaissance des activités du port. Grâce au maintien du télégraphe, ils peuvent poursuivre leurs affaire depuis Suakin en se rendant à Port Soudan lorsque c'est nécessaire en empruntant le chemin de fer. La première guerre mondiale prolonge la période de survie en affectant la croissance de sa concurrente. Mais la guerre entre la Turquie et l'Italie, en 1912,  interrompt le commerce local sur la mer Rouge, la principale ressource de Suakin. Certains importateurs préfèrent recevoir leurs marchandises à Port Soudan et les acheminer ensuite à Suakin par train ou bateau à voile. En 1919, le port ne conserve pratiquement plus que cette fonction indirecte. Ensuite, en trois ans, de 1923 à 1925, un série d'événements vont précipiter son déclin. D'abord avec le début de la construction d'une voie ferrée directe entre Port Soudan et Kassala. En même temps, commence les travaux de raccordement de la nouvelle ville au Khor Arba'ât pour améliorer son approvisionnement en eau et stimuler ainsi son développement. La confiance en l'avenir de Suakin s'envole. Les bureaux de la National Bank ferment en 1923 et le poste de l'Eastern Telegraph est transféré à Port Soudan début 1924. Pendant les mois qui suivent la plupart des marchands déménagent. 
La population de Suakin passe de 10500 personnes en 1905 à 6000 en 1929. Le pèlerinage annuel à La Mecque reste l'unique ressource de la ville qui agonise. . 

Les plus anciennes familles de marchands ne peuvent pourtant se résoudre à partir. Ruinées par le transfert des activités commerciales à Port Soudan, elles n'ont plus les moyens d'entretenir leurs belles demeures. En 1933, certaines d'entre elles qui se sont progressivement étendues grâce à des liaisons entre les maisons d'une même rues, abritent près de 100 foyers. Mais, faute d'argent, les constructions se dégradent et le morcellement des successions complique le financement des réparations. 
Les murs des maisons de Suakin sont construits avec des blocs extraits du récif corallien. Ce matériau est léger du fait des galeries qui irriguent le corail. Ces blocs, faciles à manipuler, rendent aisée la construction. En revanche, ils accélèrent la destruction des murs lorsqu'ils ne sont plus entretenus. D'où l'étonnante rapidité avec laquelle Suakin est passé de la splendeur à la ruine.

Les murs de Suakin sont construits avec deux rangées parallèles de blocs de corail. L'intervalle est rempli de petites pierres et de débris ainsi que de mortier. Lorsque la surface externe du mur n'est plus protégée par une couche de chaux, l'eau s'infiltre, le mortier coule et les pierres qu'il maintenait descendent vers la base du mur. Elles le font exploser sous la pression latérale qu'elles exercent. 

Dès les premières années de l'exode, l'état de dégradation de Suakin suscite l'inquiétude. Ainsi, en 1926, le gouverneur de la province de la Mer Rouge, F. Balfour demande par écrit qu'une action de préservation soit entreprise pour «quelques uns des plus intéressants et des plus décorés des vieux bâtiments.»  Il cite le Muhafaza, la porte Gordon, la porte Shata, les fortifications, les forts extérieurs, les mosquées, le cimetière chrétien et le Caravansérail. La décision doit être prise après la visite de Sir John Maffey, en mars 1927. Cette première démarche, très précoce, illustre parfaitement le destin particulier de Suakin. 
La valeur architecturale et historique de la ville a été reconnue dès le début de son déclin. Les responsables politiques, même sous la colonisation anglaise, ont formulé une multitude de demande de préservation, puis de restauration pour enrayer la destruction. Ces démarches n'ont jamais cessé au cours des 80 dernières années. Paradoxalement, cette conscience aigue de la nécessité d'une action de protection du site est restée stérile. Pas un seul plan d'envergure n'a été adopté et mis en oeuvre. 
Pour de multiples raisons, de l'inextricable problème des propriétés privées à la pauvreté endémique du Soudan, Suakin s'est dégradée sous les yeux des architectes venus de plusieurs pays pour ausculter ses vieux bâtiments. L'une des rares villes d'Afrique au passé glorieux et à l'architecture séculaire, livrée à l'érosion du vent du désert et des pluies de la mousson, est en passe de disparaître sans laisser de traces.    

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---> Actualité

Sources: 
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Friedrich Hinkel - The archeological map of Sudan - 1992
- David Roden - The twentieth century decline of Sudan - Sudan Notes and Records - 1970

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 Cartes

© Michel Alberganti 2002

Les images de Suakin

 

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