Reportage à Suakin

Une île sur la Mer Rouge

Une perle de corail posée sur le lagon       

Un lieu propice au rêve d'une vie retrouvée 

L'île de Suakin semble irréelle vue du ciel. Pendant  des siècles, elle est restée isolée de la terre avant que les anglais ne construisent la digue qui la rattache à la côte. Ce lien, malgré son air de cordon ombilical, n'a pas suffit pour maintenir la ville en vie.
Le joyau de corail de la mer Rouge que les photos aériennes montraient au début du 20ème siècle n'est plus qu'une cité en ruines abandonnée par ses habitants et ignorée par les autorités soudanaises. 
La visite du site ne permet plus de ressentir les fastes de son passé. Tas de pierres et amoncellements de gravas se succèdent sans fin et rendent impénétrable la plus grande partie de la ville. Il ne reste plus qu'une rue réellement praticable, l'ancienne rue Gordon qui mène de la porte du même nom au palais de Khorchid Effendy en passant par les reste des bâtiments des douanes et du télégraphe et les deux mosquées. L'une a été sommairement restaurée. Dans l'autre, les travaux commencés ont été abandonnés. le minaret demeure miraculeusement debout. Le reste de l'île est envahit par la végétation. La visite n'est même plus dangereuse, comme elle le fut un temps, tant il ne subsiste des maisons que des tas de pierre inoffensifs, hérissés ici et là d'une fenêtre ou d'une porte qui surgit des gravas telle une plainte muette, rappel douloureux de l'abandon des hommes.
Pourtant, on  découvre ici une réserve de pierre sculptées mises sommairement à l'abri du pillage, là quelques travaux de restauration à peine ébauchés dans la mosquée la plus endommagée ou quelques soutènements en béton pour éviter d'autres écroulements. Il semble que si peu suffirait pour enrayer les dégradations...

 


L'île de Suakin vue d'avion par l'ouest au début du 
siècle.   On devine la digue qui la relie à la terre 
et, au loin, la côte de la mer Rouge. 


La même vue d'avion par l'est. Au premier plan, les plus belles demeures et les grands bâtiments des douanaes. 

 

Autour de l'île règne un silence pesant. De temps en temps, une barque de pêcheurs venus du Geif, le village qui a toujours existé sur la côte, face à Suakin, s'élance dans le lagon pour rejoindre la mer. La rade est si  bien abritée que l'on a du mal a se sentir au bord de la mer trop éloignée pour qu'on l'aperçoive, même depuis l'extrémité de l'île. Le lagon ressemble plutôt à un lac isolé. La nuit, le plancton qu'il contient devient phosphorescent lorsqu'il est agité par les mouvements de ceux qui s'y baignent, rares touristes dormant dans les ruines, ce qui n'est théoriquement plus possible aujourd'hui, depuis que le gouvernement a décidé d'interdire l'entrée de la ville aux visiteurs afin d'éviter le vol des dernières pierres sculptées. Dérisoire protection contre les hommes lorsque le temps et la nature se chargent de détruire ce qui reste encore à l'être.
Le passé prestigieux de Suakin reste encore perceptible dans ses ruines. Mais le travail nécessaire pour le rendre visible est devenu considérable. Ce n'est pas le Musée construit en plein désert à quelques kilomètres de l'île qui peut prétendre rendre rendre compte de l'histoire de cette île. 
Que deviendra Suakin? Le plus probable, aujourd'hui, semble être la lente poursuite de sa destruction naturelle. Pourtant, on se prend à rêver d'une résurrection. D'une vie qui renaîtrait dans la ville de corail, d'un souk grouillant de monde à la place des gravas, les regards sur la rue marqués par les moucharabiehs, de bateaux de commerce dans la rade et de chameaux sur les quais... La magie du lieu se prête si bien au rêve...

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    Les deux photos sont issue du site:
http://www.thearchitecturestore.co.uk/Suakin/Suakin1.html

© Michel Alberganti 2002