L'histoire de Suakin
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La prospérité

     
   
 

L'entrée du bâtiment administratif de la ville

 
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Les maisons en pierre de corail

Les premières constructions réalisées en pierre taillée dans le récif de corail et enduite de chaux remontent sans doute au 16emesiècle. En 1623, des jésuites de passage notent que les maisons de  l'île sont réalisées, pour certaines, en pierre et mortier, pour d'autres en bois avec un toit de paille. La ville est dirigée par un Pacha qui contrôle également Massawa, le port situé sur la Mer Rouge, au sud et Suakin, et desservant Asmara, actuelle capitale de l'Erythrée Sur la côte, les habitants sont des Bellous et des Fung. En 1629, les troupes turques utilisent Suakin comme base pour l"invasion du Yémen. 
Les pachas se succèdent, les nouveaux s'appropriant les richesses accumulées par leur prédécesseur souvent condamné à mort. Suakin devient le port du riche royaume musulman de Balouos, sur la côte, dont le roi, après une longue lutte avec les Turcs, obtient la moitié des droits de douanes en échange de la paix. En 1673, une centaine de Turcs vivent à Suakin.   

 

Une forteresse sur la Mer Rouge

 

Au début du 19eme siècle, Suakin est devenue  un château fortifié avec une garnison d'une quarantaine de soldats. La forteresse est armée de six canons de gros calibre et de dix huit plus petits. Le gouverneur est nommé chaque année par le Pacha de Jeddah.  Les droits de douanes sont fixés à 10% de la valeur de tous les produits qui entrent dans le port.  Parmi ces deniers, on trouve de la magnésite, du sel de mer, de la poudre d'or venant de l'intérieur des terres et des perles pêchées par des plongeurs. Le mais et le millet de Tokar, au sud, fournissent deux récoltes par an. 
Sur l'île, appelée Oszok, les maisons, les rochans, sont en pierre avec des toits plats. Sur la côte, Oket, les maisons, les bekkars, sont des huttes au toit de roseaux. Quatre forts équipés de canons protègent l'île qui ne possède pas de  mur d'enceinte. On y trouve alors deux mosquées enseignant deux doctrines (Shafa'i et Maleki)  et sept écoles. A cette époque, déjà, l'état des maisons de l'île semble poser des problèmes. En 1814, un visiteur estime leur nombre à 600 sur l'île mais il précise que les deux tiers sont en ruine. Il compte 3 mosquées sur l'île et une au Geyf, le village côtier. 
Environ 3000 personnes vivent alors sur l'île et 5000 au Geyf  La principale communauté est constituée par les descendants des natifs de l'Hadramaout (Yémen), en particulier de la ville de Shahher. D'où le nom donné aux habitants: les Hadherebe, les étrangers. Ces derniers se distinguent les tribus locales  telles que les Hadendoha ainsi que les Turcs et les Arabes, tous rassemblés sous le nom de Souakiny. 

 

L'expansion commerciale

 

La prospérité de Suakin fluctue au gré de l'évolution du commerce au Soudan, au nord-est de l'Afrique et sur la Mer Rouge. Elle bénéficie ainsi de la stabilité instaurée par l'Egypte dans la partie supérieure du bassin du Nil. En 1860, l'ouverture à la navigation des bateaux à vapeur du Nil Blanc stimule le commerce de l'ivoire et des esclaves noirs provenant du sud du Soudan. Suakin tire profit de la fermeture des marchés aux esclaves en Egypte en 1870. Le trafic s'oriente alors vers la Mer Rouge. Simultanément, le flux des pèlerins se rendant à La Mecque augmente au fil de l'islamisation de l'Afrique de l'ouest.
Un nouvel élan aux échanges commerciaux est donné par la construction de chemins de fer. L'ouverture de la ligne Alexandrie - Suez et celle du canal de Suez, en 1869, relance le commerce sur la Mer Rouge. Les bateaux à vapeur égyptiens assurent une liaison régulière entre Suakin et Suez. La ville se développe sous l'impulsion de l'énergique pacha Ahmed Mumtaz (1865 - 1872). Un bâtiment des douanes et un quai sont construits sur l'île et une plantation de coton est établie à Tokar. La récolte, ainsi que celle provenant de Kassala, est traitée dans la filature construite à Suakin en 1870 par une compagnie syrienne. 
Malgré cette expansion, Suakin peine à devenir un port majeur au niveau international. Ses marchands ne sont souvent que des agents de compagnies installées à Jeddah. En 1882, son trafic est inférieur de 40% à celui de Massawa, le port africain le plus proche. Déjà, Suakin est pénalisé par le faible tirant d'eau du port et son accès délicat par des canaux de plus en plus obstrués par la croissance corallienne. 


L'apogée


Suakin, qui ne peut prétendre accueillir les grands navires trans-océaniques, doit se contenter des bateaux côtiers tels que les sambucks (boutres) reliant Jeddah et Massawa et les navires à vapeur égyptiens qui acheminent les produits soudanais à Suez et Aden où ils sont transbordés pour être envoyés en Europe et en Inde. Le port est relié à l'intérieur des terres par des caravanes de chameaux suivant deux routes: vers Barbar et la vallée du Nil vers l'ouest, vers Kassala, Gedaref et l'Erythrée au sud-ouest.
Dans les années 1880, des caravanes de 500 à 1000 chameaux partent ainsi de Suakin tous les mois, chargées de laine de mouton, d'épices, de parfums et de soie provenant des Indes. Elles reviennent avec du café d'Abyssinie, de la gomme arabique, des plumes d'autruches, du séné, du sésame, du coton, des peaux, du bétail vivant ainsi que de l'ivoire et des esclaves noirs. C'est la tribu nomade des Adendohas qui fournit les chameaux, acteurs essentiels de ce commerce. Une pénurie de ces derniers conduit à envisager une liaison ferroviaire avec le Nil. .   
Le développement du commerce permet aux marchands de Suakin de restaurer les maisons de l'île et de construire de nouveaux bâtiments de style égyptien et européen. Les espaces libérés par les maisons détruites sont occupés par des tentes et des huttes. et le centre de l'île est peuplé par des commerçants grecs, égyptiens et originaires de Jeddah. Un caravansérail est construit sur la côte en 1881 peu après la liaison de l'île à la côte par une digue édifiée en 1878. 

La fin du 19ème siècle est marquée par la révolte du Mahdi, en 1883, qui prend la ville de Khartoum en 1885.  Dans la région de Suakin, les rebelles sont dirigés par Ousman Digna, qui devient une figure locale. Ses troupes assiègent le port a plusieurs reprises sans parvenir à le prendre Les travaux de la liaison ferroviaire avec le Nil sont abandonnés après seulement 30 km  et le commerce souffre de la guerre qui impose la fermeture des pistes des caravanes. Heureusement pour Suakin, les échanges se poursuivent sur la Mer Rouge.  En 1892, la route de Barbar redevient exploitable et des caravanes de gomme parviennent à Suakin presque quotidiennement. Le port est occupé par les troupes anglo-égyptiennes qui édifient , entre 1885 et 1896, des fortification sur l'île du Condenser, proche de celle de Suakin dans le lagon. La guerre s'achève par la défaite des mahdistes devant le général Kitchener qui prend la ville d'Omdourman en septembre 1898. S'installe alors un condominium anglo-égyptien qui rétablit la stabilité dans la région de Suakin. Le commerce, néanmoins, ne retrouve pas sa vitalité passée. 
La ligne de chemin de fer qui a été prolongée vers le sud de l'Egypte pour faciliter l'approvisionnement de l'armée exerce une forte concurrence. En 1901, les recettes douanières de Suakin chutent de 50% par rapport à 1900 et elles diminuent encore l'année suivante. Une vingtaine de marchands, pour la plupart indiens, quittent la ville. Cependant, en 1902, les travaux de la liaison ferroviaire avec le Nil reprennent avec Suakin comme terminus. 

L'ouverture de cette ligne, en octobre 1905, rend plus économique d'acheminer les marchandises via le canal de Suez. Pour Suakin, c'est le signal d'une renaissance qui va conduire la ville à sa brève apogée. Outre la reprise du commerce de marchandises, surtout à l'importation, le trafic des pèlerins augmente fortement. Il passe de 1227 musulmans se rendant à Jeddah en 1905 à 4000 l'année suivante. Le grands villages temporaires occupent le Geif pendant les trois mois du pèlerinage. Deux banques égyptiennes installent des agences à Suakin et la filature reprend une activité permanente. En 1905, la population de Suakin dépasse les 10 500 personnes. 
Paradoxalement, c'est au moment où la ville connaît sa plus forte expansion que son destin tragique va être scellé. L'administration anglaise décide en effet de construire, à 60 km au nord, un nouveau port disposant de meilleures caractéristiques pour accueillir les gros navires. 
Néanmoins, Suakin résistera jusqu'en 1918, à la surprise générale. Malgré le transfert progressif des activités portuaires et administratives vers le nouveau port, la ville historique poursuit son commerce avec Aden et Suez, tirant partie de droits de douanes inférieurs. Les caravanes de chameaux continuent à ses rendre dans le sud et le sud-ouest malgré la concurrence du chemin de fer. Les marchands restent longtemps fidèles à leur ville et à leur confortables maisons. Suakin survit ainsi jusqu'à la première guerre mondiale. De 6000 à 7000 pèlerins continuent alors à embarquer chaque année pour La Mecque. Mais il ne s'agit que d'un sursis.   

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---> L'exode 

Sources: 
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Friedrich Hinkel - The archeological map of Sudan - 1992
- David Roden - The twentieth century decline of Sudan - Sudan Notes and Records - 1970

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 Cartes

© Michel Alberganti 2002

 

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