Reportage à Suakin

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Les souvenirs d'un natif
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L'histoire d'Ahmed Ali Hamo      

Un grand-père directeur de l'Eastern Telegraph

Son arrière grand-père est venu de Turquie. Son grand-père, Ibrahim, et son père, Ali, sont nés à Suakin.Sa mère est égyptienne. Lui-même, Ahmed Ali Hamo est né à Port- Soudan en 1945. Ancien "général major" dans l'armée soudanaise, il est aujourd'hui avocat à Khartoum, il conserve des liens particuliers avec Suakin. Pendant son enfance, il se rendait souvent à Suakin en voiture ou en camion «dans la maison familiale située près de l'école.» Il se souvient de soirées pendant lesquelles on jouait du piano. Pour lui, la diversité culturelle constitue le trait marquant de cette communauté. 
« Sur l'île, on trouvait des Iraniens, des Afghans, des Turcs, des Chypriotes, des Crétois, des Irakiens, des Indiens...» Il note que, malgré l'harmonie et la tolérance étonnantes qui régnait entre les habitants d'origines si différentes, «  les mariages étaient célébrés  entre gens de même culture.» Suakin avait, semble-t-il, réussi une forme d'intégration qui reste délicate et rare aujourd'hui. Les échanges culturels se produisaient sans que les communautés ne renoncent rester groupées dans des quartiers ou des maisons. Ainsi, les liens familiaux restaient très forts.  Lieu de transit lors du pèlerinage annuel vers La Mecque, Suakin accueillait également bon nombre de pèlerins qui travaillaient dans la ville pour gagner assez d'argent pour payer leur voyage. 

 
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L'entrée de Suakin depuis le port de pêcheurs du Geif


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Les bateaux des pêcheurs devant les ruines  de la ville
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« A partir de 1950, plus personne ne vivait plus à Suakin », déclare Ahmed Ali Hamo. «Au début, les gens ne voulaient pas partir mais les anglais les ont encouragés. Les premiers arrivants à Port Soudan ont reçu des titres de propriétés à vie plus avantageuses que leurs possessions à Suakin.»  Au fil des années, les irréductibles ont vieilli et sont morts. Les déménagements se sont accompagnés d'un certain pillage des blocs de pierre de corail, réutilisés pour les nouvelles maisons de Port Soudan. Sur l'île, les projets de restauration se sont heurtés « à des centaines d'héritages.» Suakin est victime de la sophistication de son organisation civile comprenant des certificats de naissance, de mariage et de propriété qui restent toujours valables.
Aujourd'hui encore, Ahmed Ali Hamo ne fait jamais un voyage à Port-Soudan sans rendre visite à ses parents qui continuent à vivre au Geyf. Il raconte avec enthousiasme l'histoire de son grand-père qui a dirigé la compagnie de l'Eastern Telegraph dont la fermeture, en 1924, a marqué une étape décisive dans le déclin de Suakin. L'avocat possède une photo montrant son grand-père fermant la porte du bâtiment. Il rassemble tous les écrits mentionnant l'histoire de la ville et se désole de sa destruction. Il caresse le projet « d'écrire un livre » pour conserver la mémoire de ce berceau de sa famille.

Accuei

    © Michel Alberganti 2002