Reportage à Suakin

..
La vie quotidienne
.

Un appartement pour chaque famille      

Les multiples usages des  moucharabiehs

La disposition des pièces, dans les maisons, témoigne du raffinement des habitants et renseigne sur une vie familiale et communautaire régie par la religion islamique. Jean-Pierre Greenlaw, fondateur de l’école des beaux arts à Khartoum et auteur de l’un des très rares ouvrages sur Suakin (The Coral buildings of Suakin, Kegan Paul International, 1976) décrit ainsi l’agencement intérieur : «La maison est divisée en deux parties : au rez-de-chaussée, la partie la plus petite mais, généralement, la plus imposante pour la réception et la distraction des invités, appelée par les Turcs salaamlik, à l’étage, la partie la plus vaste, le harim, occupée par la famille, les femmes et les enfants. »  
Dans le harim, lieu plus sûr et tranquille, mieux éclairé et aéré, chaque branche de la famille (parents, grand-mères, tantes, sœurs et leurs enfants) occupe un appartement distinct. Ce dernier est composé d’une pièce principale, d'une pièce attenante plus petite, d’une cuisine, d’un cabinet de toilette, d’une latrine et d’un sellier. Le salaamlik est composé d’une grande salle de réception et de pièces attenantes plus petites, d’une latrine et d’un sellier. Son entrée, le diwan, est parfois très richement décorée de boiseries, tapis et sculptures.  
L'étage supérieur des maisons est doté de terrasses pour dormir à l’extérieur sur des lits de cordes tressés, les angarebs, utilisés en Egypte et au Soudan depuis les Pharaons

 
Dans la cour d'entrée du bâtiment du télégraphe, un moucharabieh sommaire


L'une des maisons du Geyf  conserve un  moucharabieh en piteux état
.

 

L’un des principaux signes distinctifs des maisons de Suakin réside dans les moucharabiehs, appelés roshans,qui ornent les murs extérieurs. Ces constructions réalisées en teck importé de Java, souvent très ouvragées, équipent les fenêtres des salles de séjour et assurent plusieurs fonctions. La plus connue permet aux habitants d’observer la rue sans être vus grâce au pivotement des panneaux de la partie inférieure. La partie centrale est constituée par des volets articulés par leur coté supérieur.
Outre leur rôle de mouchards, les roshans sont étudiés pour capter la lumière et la brise marine tout en protégeant l’intérieur du soleil. Leur taille (2,4 mètres de large, 3 m de haut et 60 cm de profondeur auxquels s’ajoutent les 60 à 80 cm d’épaisseur des murs) en font de véritables pièces de détente dans lesquels on peut se tenir debout, assis ou couché. « La plupart des heures de loisir sont passées dans les roshans pour discuter, prendre le café, fumer la hookah, manger, dormir ou regarder l’activité maritime, les festivités locales fréquentes dans une cité orientale, l’arrivée et le départ des caravanes et des pèlerins de la Mecque », écrit Jean-Pierre Greenlaw.

Accueil

    © Michel Alberganti 2002